le moulin Bonijol

 

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l'histoire du moulin

(et des diaporamas en bas de page)

 


le moulin vu du dessus avec sa gourgue en premier plan et le Rocher du Trenze au fond

Le M o u l i n B o n i j o l

Le Moulin Bonijol est situé historiquement sur une parcelle de la propriété Bonijol, faisant partie du hameau de Figeirolles. Ce hameau dépend de la commune de Vialas qui fait partie du canton du Pont de Montvert situé au sud du département de la Lozère.

Monique Montel acheta cette propriété et son Moulin en 1975 à Georges Bonijol héritier à l’époque de la propriété. Il était déjà dans un état de détérioration avancé car sans entretien depuis la fin de la guerre 39/45. D’après les dires du dernier propriétaire, ce moulin fonctionna jusqu’à cette date. Par contre, le site était bien dégagé car encore pâturé par le troupeau de moutons de la famille Souchon habitant le Hameau de Figeirolles.

Ce Moulin présente un intérêt dû à sa particularité forte : celle d’être un moulin de montagne. Le site n’est traversé d’aucune rivière ni ruisseau. Son fonctionnement est rendu possible par un ingénieux système de constructions, dont le but est de récolter et stocker l’eau destinée à faire tourner le moulin. L’eau de pluie tombant sur un bassin versant (sorte d’entonnoir géant naturel) se retrouve recueillie dans un petit canal appelé ici béal. Ce dernier conduit l’eau jusqu’à un bassin de stockage appelé gourgue ou boutade. Cette eau, par gravité, peut faire fonctionner le mécanisme du moulin.

Sur ce “chemin de l’eau“ sont également captées trois sources protégées par des voûtes en pierres et stockant l’eau dans des bassins taillés dans la roche ou bâtis. Ces eaux de source servaient à irriguer des parcelles de seigle ou d’herbe.
L’eau utilisée par le moulin était recueillie par le béal principal et descendait jusqu’au bas du site où elle était à nouveau stockée dans une gourgue pour faire fonctionner un deuxième moulin, celui de la propriété Souchon. Puis, elle continuait à couler jusqu’au hameau de Souteyrannes où elle alimentait un troisième moulin qui, malheureusement, n’existe plus maintenant.

Cette cascade ingénieuse de trois moulins est un classique des Cévennes.
Le moulin possède deux jeux de deux meules, un pour la farine de châtaigne, l’autre pour la farine de seigle, il est également muni d’un décortiqueur de châtaignes. Nous avons retrouvé, sur place, un tour à fer actionné par le mécanisme du moulin.
D’après Mr Bonijol, ce dernier faisait fonctionner également une scie de long pour fabriquer des planches. Voici un bel exemple d’utilisation d’énergie renouvelable.

La deuxième particularité forte de ce moulin est représentée par l’originalité de la conception et de la construction du mécanisme. Les moulins du Mont Lozère et des Cévennes ont, en général, le même principe de mécanisme : une buse conduit l’eau de la gourgue sur un rodet (roue à aube horizontale)qui fait tourner un axe vertical entrainant la meule mobile . Mécanisme simple à construire et à réparer par les utilisateurs, très souvent des paysans. Le grand-père Bonijol qui modernisa son moulin à la fin du XIXème siècle, travaillait à la mine de plomb argentifère de Laplanche (Vialas). A la fermeture de cette dernière, il a probablement profité des conseils des ingénieurs et du matériel vacant pour mettre au point son ingénieux mécanisme à base d’acier, de bronze, de fonte et de bois. Ces informations nous ont été communiquées par son petit-fils Pierre Lamorte, que nous avons connu lors de sa retraite prise à Vialas.

Le moulin fut pour nous, dans un premier temps, un lieu de simple curiosité et de ballade
et le site servit un temps de pâturage pour des chevaux.
Mais, le temps passant, notre regard et notre perception du moulin Bonijol évoluèrent et nous fûment un certain nombre d’habitants du voisinage à regretter la détérioration du bâtiment et de son site. Nous commencions alors à percevoir l’intérêt de ce patrimoine vernaculaire, témoin fort de la vie des Cévenols qui ont vécu sur les mêmes lieux que nous.
Nous décidâmes de créer une association loi 1901, ayant deux buts principaux : restaurer les bâtis du moulin et du site pour les sauver et rendre ce lieux vivant.
Ce qui fut dit fut fait le 10 mai 2000.

Dans un premier temps nous avons réalisé sur le site un important débroussaillage et élagage. Notre premier chantier fut de restaurer le chemin d’accès.
Très rapidement le constat et l’analyse des réparations à réaliser sur l’ensemble du site nous ont fait prendre conscience de l’importance des savoir-faire manuels nécessaires pour une restauration intelligente et cohérente. Par chance certains parmi nous étaient engagés dans une démarche professionnelle de valorisation et de transmission de ces savoir-faire du bâti ancien : pierre sèche, chaux, bois (châtaignier présent sur le site).Nous avons donc décidé unanimement de les respecter dans nos travaux. C’était pour nous une démarche éthique : nous voulions restituer ce patrimoine dans l’esprit et le respect de ceux qui l’ont construit et l’utiliser comme base de transmission de ces savoir-faire.

Au cours de ces douze années nous avons restauré la charpente et le plancher en châtaignier, refait le toit en lauze du moulin. D’importants travaux des membres de l’association et de certaines entreprises artisanales locales ont permis de restaurer la gourgue, le béal, les trois sources voutées et un grand nombre de murs de terrasses en pierres sèches.
De nombreux chantiers de débroussaillage et de bûcheronnage ont été réalisés par l’association. Notre dernier chantier (presque abouti) est la restauration du mécanisme du moulin. Celui-ci a été rendu possible par d’importantes subventions et une rencontre heureuse avec l’Atelier Métal de Romans, qui accepta de relever le défi. La qualité du travail de Marina et Sébastien est remarquable dans sa cohérence avec notre éthique.
L’ensemble des travaux réalisés par les entreprises a été possible grâce aux subventions. Nous remercions de leur compréhension et de leur intérêt : le conseil général de la Lozère, le Parc national des Cévennes, la mairie de Vialas et la conseillère cantonale Sophie Pantel
.
Conjointement aux travaux nous avons essayé de rendre ce lieu vivant par l’organisation d’un stage d’extraction artisanal de lauze, de plusieurs stages d’initiation aux pratiques de la pierre sèche en développant une originalité , 6 stages pierre sèche réservés aux femmes. Huit concerts d ‘été, ont permis d’apporter une note culturelle à la découverte du moulin.

C’est là notre façon de rendre hommage à nos prédécesseurs, le côté magique des lieux nous y invite. Les nombreuses journées de travaux d’entretien ont permis de renforcer les liens entre les habitants de Figeirolles et de créer des rencontres entre habitants de diverses vallées. Les visites d’amis, de randonneurs ou d’amateurs de patrimoine se font de plus en plus nombreuses. Le moulin est également depuis quelques années, un lieu de découverte et d’initiation pour les scolaires, qui y découvrent un monde qu’ils ignoraient.

Sur le plan juridique le moulin était propriété privée. Le 1° décembre 2000, l’association a signé un bail emphytéotique avec la propriétaire Monique Montel. A la suite d’un débat interne à l’association, Monique, désireuse de laisser le moulin en bien patrimonial collectif et public, a décidé de faire une donation à l’association. Ce qui fut signé le18 juin 2011. Cette accession à la propriété du moulin est en cohérence avec l’éthique et les buts de notre association.

Avec la restauration du mécanisme se termine une première grande étape qui a permis au moulin de retrouver « sa jeunesse ». Etapes suivantes : restauration du béal jusqu’en bas du site, débroussaillages et élagages en cohérence avec une vision globale des lieux, restauration de murets en pierres sèches, poursuite des stages féminins, accueil d’un public varié (amis, passants, amateurs de patrimoine, scolaires …).et organisation de manifestations culturelles.
La continuité de nos actions permettra de renforcer le caractère patrimonial du lieu : témoignage de la grandeur de nos prédécesseurs.

Avec un souhait : rendre le lieu vivant permettant aux habitants des Cévennes et leurs hôtes de profiter de sa magie.

Roland Mousquès. Septembre 2012.


cliquer sur l'image pour voir les photos du moulin en 1975


et celles de 2001


d'autres photos du moulin
au long des saisons et des années